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jeudi 13 octobre 2011

Le malaise des belles-mères

Martelly et «Titid», après une rencontre de 4h à la résidence de l'«ex»
Le président Martelly effectue ces derniers jours, tout sourire et «tèt kale», une tournée des anciens dirigeants du pays à l'occasion, dit-il, de la «semaine de la réconciliation nationale». Parmi les huit «ex» encore vivants et résidant au pays, deux noms retiennent incongrument l'attention : Jean-Claude «Baby Doc» Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, tous deux rentrés d'exil cette année.

Le premier est revenu en Ayiti un an et quelques jours après le séisme du 12 janvier 2010, profitant de la horde de journalistes internationaux venus dans l'île pour briser 25 ans d'exil forcé en France. Des poursuites judiciaires pour détournement de fonds et violation des droits de la personne ont été déposées contre lui peu après son retour. Ces poursuites, qui le contraignent théoriquement à résidence, n'entachent toutefois [et étrangement] pas trop sa popularité. Des manifestants — qu'on peut facilement imaginer avoir été encouragés par d'autres incitatifs — et les avocats qui le représentent, sont récemment venus perturber la conférence de presse organisée pour la diffusion du rapport «On ne peut pas tuer la vérité», d'Amnesty International.

«Titid», quant à lui, est rentré d'un séjour forcé de sept ans en Afrique du Sud, deux jours avant le deuxième tour des élections du 20 mars dernier. Il avait été renversé par un coup d'État [auquel aurait été affilié Michel Martelly, alors roi du carnaval] une première fois en 1991, puis une deuxième et [alors] définitive fois en 2004, à la faveur d'une rébellion d'anciens membres de l'armée. Discret depuis son retour au pays, il vient toutefois d'inaugurer la réouverture de l'Université de la Fondation Aristide, fermée lors de son départ forcé en 2004, avec l'admission d'une cohorte de 126 étudiants en faculté de médecine — non encore reconnue par l'État haïtien. Plusieurs analystes estiment que l'ancien leader, et «secrétaire général à vie» du parti Lavalas, attend le dégonflement du phénomène Martelly avant d'effectuer un retour à l'avant-scène politique — peut-être à l'occasion des élections sénatoriales de novembre...

«Je souhaite que les leaders anciens et actuels puissent s’unir en vue de travailler au progrès d’Haïti», a martelé Martelly à Radio Kiskeya, lors d'une visite à la résidence de Prosper Avril (président dans l'intervalle 1988-1990), dont il a salué le passage à la tête de l’État et les longues années passées au service de l’armée. Le chef d'État doit également rencontrer les «ex» René Préval (1996-2001 et 2006-2011), [le mari de la rivale de Martelly aux dernières élections, Mirlande Manigat] Leslie Manigat (fév-juin 1988) et Boniface Alexandre (chef du gouvernement intérimaire de 2004-2006).

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Martelly et Duvalier. À gauche, Nico Duvalier, le fils
de «Baby Doc» et consultant du président. Photo: AP
Admettons que l'exercice de mémoire soit compliqué dans un pays où l'espérance de vie est de 59 ans et où presque 36% de la population a moins de 15 ans. Admettons qu'une population vivant avec moins de deux dollars par jour dans une proportion de 78% et avec moins d'un dollar par jour à 54% ait d'autres chats à fouetter que de se questionner sur la rationalité de tisser des liens avec des «ex» ayant des bilans plus que mitigés en termes de développement.

Reste tout de même le message confus et contradictoire qu'envoie cette opération de relations publiques : comment un président qui a jusqu'à maintenant fondé sa stratégie — comme bon nombre de politiciens — sur l'avenir et sur le changement peut-il invoquer les fantômes d'un passé trouble et douloureux pour faire avancer le pays? Tout ça alors que le premier ministre désigné se débat comme un diable dans l'eau bénite avec les élus actuels pour pouvoir former son saint gouvernement?

Il faudrait peut-être quelqu'un pour rappeler au numéro un de l'État ayisien — ou de ce qu'il en reste — que sa «semaine de la réconciliation nationale» a commencé ce lundi par la Journée internationale de la santé mentale...

dimanche 18 septembre 2011

Le roi et l’ordre

Affiche du film «MINUSTAH volè kabrit», Tankou rat pictures
La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) n'en finit plus de se mettre les pieds dans la bouche (un anglicisme que vous me pardonnerez, c'est pas comme s'ils parlaient tous créole..) — pieds salis dernièrement par une histoire d'abus de pouvoir (pour ne pas dire de viol) de quatre soldats uruguayens à l'endroit du jeune Johny Jean, 18 ans, dans la commune de Port-Salut dans le département du Sud.

La «rumeur» a rapidement fait le tour du pays — et du monde — grâce au Dieu Youtube qui voit tout, sait tout et entend tout, même les gémissements les plus sordides d'un jeune garçon à qui on vole tout ce qu'il a d’avenir devant lui — tsé, la dignité? Les médias nationaux et internationaux ont rapidement relayé la nouvelle, ajoutant l'insulte à l'injure pour la famille du désormais plus mineur et identifié, non plaignant mais à plaindre, Jean.

Le scandale fait suite à une série d’histoires et de rumeurs peu reluisantes pour l'image et la réputation de la force de maintien de la paix de l'ONU. L'introduction dans l’île du choléra en octobre 2010, notamment, que de nombreux observateurs attribuent à grands coups de conditionnel au contingent népalais de la MINUSTAH basé à Mirebalais. Les représentants de la MINUSTAH refusent toutefois d’assumer la responsabilité, voire de s’excuser — que faire de plus maintenant que le mal est fait et que son spectre revient chaque fois qu’il pleut? —, arguant que la souche du bacille vibrio cholerae, très, très, très semblable à celle que l’on retrouve en Asie, est le fait d’une «convergence de circonstances» épidémiologiques, environnementales et sanitaires — selon les conclusions de nombreux experts — et que les plus de 5500 décès et 400 000 personnes touchées ne peuvent être attribués aux casques bleus, faute de «preuve scientifique» irréfutable…

À ces deux scandales d’envergure majeure s’ajoutent les impressions et rumeurs de la population sur les actes de la MINUSTAH. «Volè kabrit», disent tout bas plusieurs Ayisiens au passage des convois de la force de stabilisation, en référence à des histoires de vol de chèvre — un investissement dans un pays où plus de 78% de la population vit avec moins de deux dollars par jour — destinées au barbecue des soldats qui ont aussi la réputation d’envahir les plages et de se donner corps et âme à la fête au premier jour de congé venu. D’où la réputation de «MINUSTAH tourista» : l’Ayisien moyen ne voit malheureusement pas l’impact direct de l’intervention onusienne sur sa vie de tous les jours et tend plutôt à percevoir cette dernière comme une occupation, comme une perte de souveraineté nationale.

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Des manifestations estudiantines ont par ailleurs eu lieu au Champ-de-Mars la semaine dernière pour protester contre la présence de la MINUSTAH. Les étudiants de la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ont exigé le dédommagement des victimes du choléra, en plus du retrait définitif des forces de l’ONU. D’anciens militaires sont également venus parader en uniforme afin de réclamer le retour de l’Armée d’Ayiti — démobilisée en 1994 —, déposant du même coup un document à cet effet au Palais national.

Le Champ-de-Mars, où logent une dizaine de milliers de déplacés depuis le séisme du 12 janvier, avait été interdit d’occupation par les autorités la veille. La centaine de manifestants a été dispersée par la PNH au moyen de gaz lacrymogènes, importunant les déplacés d’une part, et perturbant le fonctionnement de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti adjacent. Réfugiés dans l’enceinte de la Faculté d’ethnologie de l’UEH et répliquant à l’aide de jet de pierres et de barricades de pneus enflammés, les manifestants ont rapidement été encerclés par les forces de l’ordre et par… la MINUSTAH.

Des manifestants fuient les forces de l'ordre (Ramon Espinosa, AP)
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Un sondage mené sur Internet par l'agence de presse Haïti Press Network (HPN) établit à ce jour que près de 64% des répondants croient qu'Haïti peut maintenant se passer de la force de maintien de la paix de l'ONU, qui devait originellement, en 2004, rester en place pour six mois, le temps que ne retombe la poussière soulevée par l'insurrection de groupes armés dans le Nord de la République et par le départ hâtif d'un Jean-Bertrand Aristide qui laissait le pays aux mains d'un gouvernement intérimaire n'ayant d'autre choix que de demander l'assistance de la communauté internationale.

Les presque deux tiers des 1900 répondants — des gens lettrés et ayant accès à Internet au pays, mais aussi à l'extérieur, s'entend — croient donc que le pays est en mesure de se débrouiller seul pour gérer l’instabilité et l’insécurité chroniques de la République. Ou du moins qu’il est capable de le faire dans des proportions semblables à celles du travail accompli par la MINUSTAH. Cette dernière, dont le budget de fonctionnement est fixé à plus de 850 millions de dollars par année — dont quelques millions s’ajoutent annuellement à dette extérieure d’Ayiti — assure entre autres le renforcement des capacités étatiques en termes d’état de droit et de justice, en plus de fournir un appui à la professionnalisation du corps policier local (la Police nationale d’Haïti (PNH)) et de contribuer à l’amélioration d’infrastructures — routes, postes de police et postes frontaliers, pénitenciers, etc.

Le coup de sonde ne reflète cependant pas l’opinion du président Martelly, qui déclarait cette semaine au Nouvelliste que le retrait de la MINUSTAH «doit être réalisé et réalisable à partir du moment où [une] force [nationale] peut jouer le rôle de la MINUSTAH», ajoutant que «la MINUSTAH travaille pour le peuple d'Haïti et pour Haïti, [qui a] besoin de l'ordre, de la paix afin d'avancer dans le développement économique»… Le président ayisien, qui avait promis en campagne électorale la création d’une force de défense nationale armée, demeure donc patient et semble a priori miser sur un «retrait graduel» de la force de maintien de la paix de l’ONU, dont le mandat doit théoriquement être renouvelé à la mi-octobre — les protestations sont donc encore à anticiper...

Une prise de position qui concorde avec le plus récent rapport de l’ONG International Crisis Group, Keepin Haiti Safe : Police Reform, qui soutient que le chemin à faire est encore important pour que la PNH puisse prendre le relai de la MINUSTAH et que soient sécurisées les frontières terrestres et maritimes contre le crime organisé, la drogue, le trafic d'armes et la traite des humains et que prenne fin le règne de l’arbitraire devant la loi. Les progrès enregistrés ont été fragilisés par le séisme du 12 janvier, poursuit le rapport, et la réforme des capacités institutionnelle et opérationnelle doit se poursuivre afin d’amoindrir la vulnérabilité du pays face aux crimes violents, à la corruption et à l’instabilité politique. Mais la paix peut-elle réellement cohabiter avec l’extrême pauvreté? Et qu’est-ce qui vient en premier dans ce cercle vicieux, la stabilité sociale ou le développement économique?

Pour adresser ces questions fondamentales, il faudra aller plus loin que les revendications nationalistes liées à un retrait hâtif de la MINUSTAH. Il faudra notamment une volonté politique marquée, que le président ne peut porter seul. Et c’est là que le bât blesse : comment, dans un pays aussi politiquement divisé et aussi habitué aux jeux de coulisse peu transparents et intéressés, faire en sorte que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire travaillent main dans la main pour [re]construire Ayiti? C’est là un apprentissage que le pays en entier devra faire : apprendre à travailler dans l’intérêt de la population au sens large afin que cette dernière retrouve un minimum de confiance envers ses institutions…

jeudi 14 juillet 2011

V-turn

11h30-minuit, après un repas bien dansant dans un restaurant de Pétionville. En voiture vers la maison avec ma mère ayisienne, nous croisons une petite chaise en paille tressée à un carrefour. «Ho, ho», dit-elle stressée et méfiante, avant de rebrousser chemin sans fournir de plus amples explications. Son faciès est grave, elle semble turlupinée. Mais elle ne veut pas parler, elle essaie d’oublier. Ou de se faire oublier…

Petite sœur, qui suit dans une autre voiture et apprend gentiment à conduire avec paternel – qui me fournira plus tard les explications les plus amples – , obtempère aussi. Double U-turn dans les rues crasseuses de Port-au-Prince, où une petite chaise en paille toute neuve provoque les changements de direction. Pas question de franchir ce carrefour maudit pour elle non plus.

Nous venons de croiser Papa Legba, le maître vaudou des carrefours et des chemins. Ou plutôt un message qui lui est adressé sous forme de la sollicitation rituelle d’un ounsi (un initié) par un croyant pour que Papa Legba, ce vieillard boitant qui fume la pipe et qui garde la frontière entre le monde des humains et le monde surnaturel – littéralement le St-Pierre des vaudouisants –, rappelle le lwa (l’esprit, le mauvais sort, la force invisible) qui s’est abattu sur la vie du croyant et qui lui cause lambdas tracas.

Tracas comme une perte d’emploi, des ennuis de santé, une querelle avec un voisin ou un ami, une mauvaise récolte, etc. Un événement qui arrive au gré de la trivialité de la vie quotidienne et auquel on attribue la symbolique des divinités de la vie ayisienne.

La petite chaise est l’aboutissement d’un long processus de renvoi. On aura sollicité un ougan (un prêtre vaudou) pour un mal x. Il aura édicté une série d’actions, plus ou moins onéreuses les unes que les autres et selon la nature du mal qui nous ronge, à mener avec un pointillisme scrupuleux étudié au quart de tour. Déposer trois grains de maïs par-ci, assister et participer à une cérémonie dans un péristyle (partie publique du temple où ont lieu les cérémonies vaudou), déposer une offrande auprès du troisième mapou (arbre sacré, résidence des lwas guédé, les esprits de la mort) du rang quatre, acheter un bouquet de telle fleurs, à telle date et le laisser filer sur une eau calme et finalement, déposer une petite chaise en paille tressée au milieu d’un carrefour à quatre têtes (à quatre voies) à une heure bien précise. Et vous m’avez vue venir, si le mal persiste, c’est que l’une des étapes a mal été conduite. Et qu’il faut reprendre le processus du début sous peine de laisser les esprits errer vers des cieux bien plus graves…

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Dans un article sociologique un peu daté mais encore très cité dans le domaine de l’étude des religions et des syncrétismes, Laënnec Hurbon illustre la complexité des liens entre la sorcellerie et les pouvoirs politiques et économiques en Ayiti. Sorcellerie et pouvoir en Haïti, publié en 1979, se penche effectivement sur la recrudescence des fraternités de sorciers observée par Hurbon et ses informateurs de l’époque et le signe, selon lui, d’une «rupture entre le système culturel traditionnel et la nouvelle situation politico-économique dans le pays».

Il faut se rappeler que si le règne des Duvalier avait miraculeusement réussi à assurer une certaine stabilité aux masses silencieuses et dociles malgré la répression jusqu’à la fin des années 1970, la situation politico-économique allait effectivement se dégradant et les ayisiens ne savaient alors plus vraiment à quel saint se vouer – ils ont par ailleurs déterré la sépulture de Papa Doc – qui n’a jamais hésité à détourner la symbolique vaudou à son avantage – et battu ses restes lors de la chute de son fils en 1986.

Selon l’argumentaire d’Hurbon, le pouvoir, tout autant politique que vaudou, quand ce n’est pas leur deux à la fois, rendrait le peuple doublement vulnérable. Effrayé de part et d’autre des sphères confondues de la vie publique et de la vie privée ayisiennes.

«Ce qui nous est indiqué ici, ce n’est pas simplement une impuissance politique qui proviendrait du seul fait qu’on est inscrit dans le champ du vaudou. Ce serait alors tenir le vaudou pour un ordre purement idéologique, dont l’individu pourrait éventuellement se passer. Le vaudou est d’abord un ordre symbolique; à ce titre, il est intimement lié au mode de constitution de la personnalité. (…) C’est à tous les niveaux de la vie quotidienne que l’impuissance est ressentie. Plus qu’une fêlure, un éclatement du système culturel traditionnel se donne à lire dans cette recrudescence de la sorcellerie. Un soupçon généralisé est là. Les règles du jeu sont faussées. Mais un nouveau langage sera-t-il possible sur la table rase de l’ancien? Il est certain, en tout cas, qu’une conscientisation politique des masses qui passe à côté de la problématique du symbolique, ou plus précisément de la crise de l’ordre symbolique, a peu de chance de s’effectuer avec succès,» écrivait Hurbon, sept ans avant la chute de Bébé Doc et son exil en France.

Bref, en Ayiti, que l’on croit ou que l’on ne croit pas, et jusqu’à ce jour, on craint. Le pouvoir du monde des humains et le pouvoir du monde surnaturel.

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Bien des gens ont essayé d’instrumentaliser la religion et son symbolisme – vaudou ou autre – à leur profit politique depuis la chute des Duvalier. Aristide l’avait bien compris et sa récupération de la «théologie de la libération» l’aura porté au pouvoir une première fois en 1991. En 2003, il devait même céder un peu de terrain aux vaudouisants, reconnaissant la religion vaudou par voie juridique à l’occasion d’un arrêt ministériel (http://www.haiticulture.ch/haiti_decret_vodou_religion.html).

Cela a bien entendu été balayé par l’arrivée des troupes de la MINUSTAH en 2004, même si les vaudouisants ont toujours essayé de gagner un peu plus de terrain depuis, notamment en proposant un « avant projet de loi » sur la religion vaudou en Ayiti (http://www.vodouhaiti.org/projet-loi/chapitre1.html) pour asseoir leurs pouvoirs – allant même jusqu’à réclamer l’octroi de passeports diplomatiques pour les membres dignitaires des autorités officielles reconnues… (Article 72 d’un projet de loi demeuré lettre morte depuis).

Le découpage des «Départements ministériels», avec attributions et autres pouvoirs, remonte par ailleurs à 1924. Le «Ministère des Cultes» a depuis subi de nombreuses mutations et est aujourd’hui sous la responsabilité d’un seul homme, qui assume à la fois le poste de Ministre des «Affaires étrangères»…et des «Cultes»… peu importe son allégeance. (http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=44560)

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Ceci n’expliquant pas toujours parfaitement cela, le séisme du 12 janvier a créé un espèce de rebrassage des cartes religieuses. Le vaudou en a été une des grandes victimes (avec le catholicisme), surtout à Port-au-Prince, au profit d’un pentecôtisme qui ne cesse de gagner du terrain depuis les années 1970, selon les explications de Laënnec Hurbon, dans Les religions et le tremblement de terre, paru dans la revue Conjonction.

« En somme, on peut se demander si le vaudouisant n’a pas été plutôt désemparé devant la catastrophe à laquelle son système de croyances ne peut lui donner une explication rigoureuse, ou en tout cas satisfaisante. C’est peut-être pour cela que le vaudou est tolérant, ouvert à d’autres systèmes religieux et culturels au point de pouvoir intégrer maints éléments de ces systèmes, comme on l’observe pour l’utilisation des saints du catholicisme comme support aux divinités africaines », écrit le chercheur, soulignant que les temples vaudou ont ouvert leurs portes à l’Église de scientologie, arrivée dans la capitale seulement neuf jours après le séisme…

« Il n’y a aucun doute que nous disposons là d’un indice d’une religiosité à fleur de peau facilement exploitable dans un contexte du chaos provoqué par le séisme du 12 janvier. Il n’est pas inutile maintenant d’entreprendre quelques interrogations aux niveaux anthropologique et politique sur les enjeux de ce qui paraît être un emballement des religions en Ayiti depuis le tremblement de terre »…

Pas étonnant, considérant tout cela, que Martelly ait chantonné la fin de son discours d’assermentation sur des airs populaires et religieux le 14 mai dernier. Reste maintenant à voir quel saint homme pourra satisfaire les attentes du peuple, du président et de membres d’INITE pour le poste de premier ministre…

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Un professeur de l’université qui dispensait le cours «Religion et modernité» m’a envoyé un courriel sur ma boîte personnelle aujourd’hui – sortez la petite chaise et les grains de maïs. Elle voulait urgemment me parler sur Skype, à mon grand étonnement puisque je n’avais pas, à l’époque, daigné remettre le travail final – la mention « incomplet » figure d’ailleurs toujours à mon relevé de notes.. Moi qui avais eu la brillante idée d’unir économie et religion pour mon travail synthèse, en réfléchissant surtout au phénomène économique des « superchurches » organisées en villages quasi-indépendants aux États-Unis entre autres, je suis maintenant persuadée que je pourrais demander à un ougan de transformer ma note A+ – ou en D-, c’est selon – si je me mettais à réfléchir à la coexistence de la religion et de la modernité…

dimanche 17 avril 2011

Jacmel la magnifique

J'dis ça, mais il fait noir... Nous avons heurté un peu de trafic à Carrefour, en sortant de Port-au-Prince. Une route bloquée. Des fatras qui brûlent. Personne pour les ramasser. De quoi protester... Dans la voiture, l'humeur était plus ou moins bon enfant. Jusqu'à la plage, qui a su remettre tout le monde sur la route du sourire.

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Sur la route de Jacmel, on croise Léogâne, épicentre de tout. De «goudou-goudou». De 2010. Une protubérance impressionnante traverse la route perpendiculairement, comme un «je me souviens» qui nous force à ralentir. À relent-tir. Un pays blessé. Ses habitants éplorés. Ils ont tous une histoire à raconter. Et ils le font volontiers — à ma grande surprise. À la lueur de la chandelle sous la tente. Ou dans leur maison secouée, mais debout. Des enfants perdus, des enfants retrouvés. Des morts, des vivants. Des debout, des claudiquant, des couchés pour toujours.. Des repères à repenser, des prières à repriser. Une courtepointe pour deux cent mille.

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Sur la route de Jacmel, on croise les Rara, ces marches populaires alliant chant, danse et vaudou. Les Rara sont des fêtes pascales, s'échelonnant du Mercredi des cendres jusqu'au week-end de Pâques — mais pas exclusivement. De plus en plus politisées depuis le populisme aristidien des années '90, les Rara servent aussi à exprimer le trop-plein. Leurs mots sont durs. Remplis de revendications. D'injustices dansées, chantées et criées haut et fort. Devant les lieux de culte. Syncrétisme politique à bouche-que-veux-tu.

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Sur la route de Jacmel, on se demande un moment si on attache sa tuque ou ses bottines — route en lacet oblige. Parcourant la chaîne de montagnes de La Selle, on attache finalement rien. Sinon ses yeux aux plis rocheux, tantôt rouges, tantôt beiges, tantôt verts. Mais toujours clairsemés d'arbres chétifs qui n'ont pas le temps de demander à vivre. De tentes improvisées marquées au fer rouge, bleu et blanc de l'USAID, de l'UNICEF, de Good Samaritains, et consorts, aussi. Et quand on voit l'autobus endormi au creux de l'un de ces plis, on se dit qu'on aurait dû attacher plus de choses dans la vie. Mais à quoi bon? On se contente de sa ceinture de sécurité.

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Sur la route de Jacmel, on ne panse rien mais on pense.


jeudi 17 mars 2011

Le vacarme électoral

Une baderole de la Fondation Aristide pour la démocratie (sic!)...
Si le ton du deuxième tour de la présidentielle ayisienne n'a pas cessé d'augmenter depuis le houleux débat entre les deux candidats mercredi dernier, l'annonce du retour d'exil imminent de Jean-Bertrand Aristide pourrait bien contribuer à installer un climat encore plus tendu d'ici à dimanche, jour du scrutin. De quoi dissuader les 4,7 millions d'électeurs de se présenter aux urnes...

«Titide» a quitté l'Afrique du Sud hier — en jet privé, avec sa femme ses deux filles et... l'acteur Danny Glover (La couleur propre, L'arme fatale et Quoi encore?! (un film que je suis en train de réaliser!)) —, ignorant les réticences exprimées haut et fort par les États-Unis et la France, et plus bas par une foule d'autres membres de la communauté internationale. Deux jours avant le scrutin, donc, comme pour jeter de l'huile sur le feu d'un weekend qui s'annonçait déjà chaud. 

«Le grand jour est arrivé», a déclaré Aristide [en zoulou et en grand populiste] devant des journalistes, remerciant le gouvernement sud-africain, le président Jacob Zuma, l'ex-président Thabo Mbeki, «notre cher Madiba» (Nelson Mandela) et ses «frères et soeurs d'Afrique du Sud»... (Le Nouvelliste)

Le grand jour, oui. Comme si personne n'attendait les élections — le petit jour, par opposition?! Aristide dit ne pas vouloir intervenir dans le processus électoral et compte plutôt se consacrer à des tâches éducatives (il est docteur en langues africaines et enseignait depuis son exil à l'Université de Pretoria)... «Ma priorité, c'est d'investir dans l'humain et l'éducation»...

Aristide n'a actuellement appuyé publiquement aucun des deux candidats. Son avocat, a par ailleurs indiqué que ce dernier souhaitait se déplacer vers Ayiti avant les élections, de peur que l'éventuel élu tente d'empêcher ce retour attendu depuis sept ans par le prêtre et apôtre de la «théologie de la libération»... Son passeport diplomatique est par ailleurs émis depuis février.

Le Nouvelliste, 16 mars 2011
Le parti Fanmi Lavalas (l'avalanche, en créole, famille l'avalanche, en fait) déploie actuellement la machine pour accueillir «dignement» l'ancien président renversé par un soulèvement de l'armée et par des pressions américaines et françaises en 2004. La porte-parole du parti, Maryse Narcisse (est-ce qu'on peut considérer ce nom comme une blague, considérant le culte de la personnalité dont fait l'objet Aristide?!), est présente sur toutes les tribunes et a ardemment travaillé, avec son équipe, pour parsemer la route entre l'aéroport et la résidence d'Aristide — fraîchement repeinte en rose, la couleur de Martelly — de banderoles souhaitant bon retour à l'ex..

«Enfin, les carottes sont cuites, demain (vendredi) 8H00 dites le à tout le monde, à l'aéroport nous allons attendre le président TITID dans la solidarité», dit un tract en créole du parti... Un article du Nouvelliste qui vient de tomber prévoit l'arrivée de l'avion en provenance de Dakar pour les 10h du matin, heure locale... Ça va remuer demain à Portoprens!

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Les deux candidats à la présidentielle ont par ailleurs durci le ton de la campagne au cours de cette semaine, multipliant de part et d'autre les attaques contre l'autre clan, même s'ils se sont tous deux dits d'accord avec le retour au bercail d'Aristide pour autant que ce dernier n'intervienne pas dans la campagne. Les deux candidats ont également incité les partisans à investir les rues pour manifester leur appui à leur clan dès le lendemain du vote, et ce, en violation avec les articles 122.2 et 122.3 de la loi électorale interdisant formellement toute manifestations de rue en faveur d'un candidat jusqu'à la publication des résultats définitifs des élections. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a par ailleurs rappelé que selon l'article 194 de la loi électorale : « Est puni d'une amende de cinq mille (5 000) à vingt cinq mille (25 000) gourdes et d'un emprisonnement de dix (10) à vingt (20) jours le fait de détruire les affiches de photos, de placards publicitaires relatifs à la propagande électorale » (Le Nouvelliste)

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Élections en vrac

-Jeudi, Martelly est allé courtiser les catholiques, les invitant à se recueillir dans la prière... juste avant de donner un concert aux accents hip hop et à la saveur locale aux Champs-de-Mars (parsemés de tentes depuix le séisme, faut-il le rappeler) avec pour invités RockFam, T-Vice, Ram, Black Alex, Shabba et nul autre que Wyclef Jean. (HPN)

-Le rapper américain Busta Rhymes, pourtant né à New York de parents d'origine jamaïcaine, saute aussi dans la mêlée et soutient le candidat Martelly... en participant au susmentionné concert aux Champs-de-Mars. (HPN)

-Martelly s'est par ailleurs fait lancer des roches et des bouteilles à Cité Soleil aujourd'hui.. (HPN)

-Un meeting de Manigat a été interrompu par des coups de feu tirés par des partisans de son adversaire ce mardi à Mirebalais, ce qui a fait sortir l'ex-première dame de ses gonds et l'a incité à décocher quelques flèches à l'endroit de son adversaire.. Martelly soutient que ces incidents sont le faits d'éléments désorganisés et qu'il n'est pas derrière ces violences. Des arrestations ont eu lieu.

-Manigat a finalement éprouvé plus de peur que de mal alors que son estrade s'est effondrée avant qu'elle ne commence un discours à l'occasion de sa tournée dans l'Artibonite à Liancourt mercredi... (HPN) Clôturant cette tournée du département à St-Marc, elle a déclaré la même soirée: «J’ai mal à l’épaule mais heureusement elle ne s’est pas brisée. Cela ne peut pas nous arrêter, nous tenions à honorer ce rendez-vous. Votre maman n’est pas au top de sa forme, mais elle n’a pas d’handicap.» (HPN)

-La campagne se termine officiellement vendredi soir à minuit, soit un peu plus d'une journée avant l'ouverture des bureaux de vote.