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mardi 31 janvier 2012

Un Duvalier vaudrait mieux que deux tu l'auras...

JC Duvalier et sa femme, Véronique Roy, devant le
Palais de justice dePort-au-Prince, le 20 janvier dernier.
(Photo: Thony Bélizaire/AFP)
«Moi je l’aime Duvalier. Quand il était là, au moins, le pays avançait. Depuis qu’il est parti, il n’a cessé de dégringoler. J’étais content qu’il revienne au pays.» — Quelqu’un qui avait six ans quand Baby Doc a été renversé et qu’il est parti en exil avec des millions de dollars volés aux contribuables haïtiens… 

*** 

Ils étaient deux à officiellement travailler sur le dossier Duvalier pour le compte du gouvernement haïtien — un juge d’instruction et un procurer étaient en charge de l’affaire au moment de publier Haïti, un rendez-vous avec l’Histoire : les poursuites contre Jean-Claude Duvalier, rapport soumis par l’organisation Human Rights Watch (HRW), fin avril 2011. L’un d’eux, le juge d’instruction Carvès Jean, fait actuellement les manchettes internationales.. pour les mauvaises raisons. 

Ce dernier vient de publier une ordronnance devant renvoyer l’ex-dictateur devant un tribunal correctionnel afin qu’il soit jugé pour des accusations de vol et de détournement de fonds publics, au grand dam des militants nationaux et internationaux pour le respect des droits humains qui réclament que ce dernier soit traduit selon les règles du droit international pour «crimes contre l’humanité». 

«Impunité et anarchie : il n’y a pas d’autres noms qu’on peut donner à cela», critique la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), estimant que la dite ordonnance équivaut à blanchir Jean-Claude Duvalier, l’un des plus grands criminels qu’Haïti ait connus, selon les propos recueillis par l’agence en ligne AlterPresse. 

C’est «une gifle donnée à la justice haïtienne et aux victimes», poursuit la POHDH, outrée que ces chefs retenus contre Duvalier ne soient qu’accessoires en regard des accusations portées contre lui lors de son retour sous le soleil, après 25 années d’exil en France, le 17 janvier 2011. Des accusations pour violations des droits humains ont depuis été déposées par plus d'une vingtaine de personnes. 

La journaliste Michèle Montas, déportée avec son célèbre mari Jean Dominique en 1980, — lui-même assassiné en 2000 dans des circonstances encore nébuleuses dans la cour de la radio où il travaillait — sous le règne duvaliériste pour ses opinions et son activisme politiques, fait partie du lot des plaignants. «À la fin des années 1980, il y a eu des rafles généralisées chez les militants des droits de l’Homme et les journalistes. Des personnes ont été torturées, ils ont pris tout ce qui bougeait. Et Radio Haïti-Inter a été détruite», rappelait-elle récemment à France 24. 

Plusieurs activistes internationaux font également pression pour que soit jugé Duvalier selon les règles du droit international. Les violations des droits de l’homme, malgré ce que prétendent les six ou sept (!) avocats de Duvalier, ont effectivement été condensés dans plusieurs rapports d’organisations non gouvernementales de la sphère juridique, dont le rapport de Human Rights Watch cité plus haut et On ne peut pas tuer la vérité : Le dossier Jean-Claude Duvalier d’Amnistie internationale, publié en septembre 2011 au lendemain de la journée internationale de la paix. 

Arrestations arbitraires, détentions prolongées en secret sans inculpation ni jugement, tortures, disparitions forcées, expulsions et exécutions extrajudiciaires (je vous épargne les détails des témoignages recueillis) : la liste est longue et le principal intéressé ne peut pratiquement pas ne pas avoir été au courant de ces crimes en regard du droit international — assimilés comme tel depuis la Deuxième Guerre mondiale. 

Si les avocats de Duvalier crient haut et fort — peut-être dans le but de prendre au jeu quelques non-initiés qui avaient encore la couche aux fesses lors de la chute du [lui-même] Baby Doc ou encore ces nationalistes crasses qui ne jurent que par la défense des intérêts nationaux forcément diamétralement opposés à ceux de la communauté internationale — que la prescription ne s’appliquent plus dans le Code pénal haïtien, Amnistie, elle, plaide que «ces crimes sont si graves qu’ils concernent non seulement les victimes, les survivants ou l’État [haïtien], mais aussi l’humanité tout entière». Ils seraient, toujours selon Amnistie, de «compétence universelle, ce qui signifie que tout État peut ouvrir une enquête et engager des poursuites contre des individus soupçonnés de crimes contre l’humanité». 

Au sujet de la prescription — concept juridique selon lequel un crime ne peut être jugé après un délai fixé par les règles de droits internes, 10 ans dans le cas du Code pénal haïtien —, les deux organisations citées plus haut, de même que de nombreuses associations haïtiennes s’entendent pour dire que les normes impératives du droit international (le jus cogens, à pompément parler ; merci à Me Vallières pour ses leçons de latin en particulier et pour ses leçons de droit international accessoirement) ont préséance sur toute autre obstacle juridique interne au sujet des crimes contre l’humanité. De plus, le caractère continu — à quel moment une «disparition» peut-elle cesser d'être considérée comme un crime? — et systémique des crimes rendrait imprescriptibles les actes dont il est ici question.

*** 

Pour des raisons multiples, il apparaît cependant évident que le système judiciaire haïtien ne pourra prendre seul la responsabilité de mener un tel dossier jusqu’au bout — en termes de ressources humaines ayant l’expertise nécessaire, en termes de sécurité pour ces personnes, en termes d’accès aux ressources nécessaires, en termes de volonté politique, etc. 

Et sur ce dernier point, même s’il a fait de l’État de droit l’une de ses priorités, le président Martelly continue d’envoyer des messages contradictoires sur les scènes politiques intérieures et extérieures en ce qui a trait à l’impunité en général et à Duvalier en particulier (il a notamment invité Baby Doc à une cérémonie officielle, le 12 janvier dernier, à Ti Tanyen, en «banlieue» nord de Port-au-Prince, là où sont enterrés des milliers de victimes du séisme et là où resposeraient ironiquement des centaines de «disparus» de l’époque Duvalier). En outre, le président Martelly se défendait la semaine dernière en Irlande d’avoir été «mal interprété» par l’Associated Press sur ses intentions de pardon à l’endroit de Duvalier… [Peut-être ses conseillers politiques lui ont-ils souligné qu'il s'inscrirait ainsi en faux avec les prescrits de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme, et donc de l'Organisation des États américains dont son pays assume cette année la présidence?!]

«S’il existe des éléments de preuves recevables suffisants et si le parquet réussit à traduire Jean-Claude Duvalier en justice, une étape considérable sera accomplie dans la lutte contre l’impunité au niveau mondial. À cet égard, la communauté internationale partage la responsabilité de veiller à ce que justice soit rendue», estime Amnistie internationale. 

Pourquoi ne pas commencer par la France, berceau des Droits de l’homme s’il en est, et pays engagé dans une si longue lutte à finir avec Haïti, en plus d’avoir «hébergé» l’ex pendant ses 25 années d’exil..?

samedi 3 décembre 2011

Écrits violents

Une amie m'envoie un courriel cette semaine. Un rien du tout, une petite question innocente qui a l'air de rien.. «Qu'est-ce que t'en penses?», écrit-elle, en joignant un lien vers une analyse du Council on Hemespheric Affairs intitulée The "Enforcers": MINUSTAH and the Culture of Violence in Port-au-Prince. L'analyse de Courtney Frantz, publiée ce 28 novembre, défend une thèse anti-MINUSTAH en déployant un argumentaire à saveur de théorie du complot et en énumérant une série d'événements peu reluisants impliquant la force de l'ONU... en ne montrant qu'un seul côté de la médaille.

«Heille, c'est une question compliquée — même si elle tient en peu de mots — que tu me poses là...» Ma réponse sera évidemment verbeuse. Tu pourras réagir si le coeur t'en dit.. Voilà : 

Pour l'article, je ne sais pas trop ce que j'en pense.. En fait si.. Au fil de la lecture, certaines notions de la conférence d'André Corten, politologue et prof à l'UQAM, chercheur à l'IRD, — il vient de rééditer une version actualisée et augmentée de L'État faible : Haïti/République dominicaine et était de passage à Port-au-Prince la semaine dernière — me revenaient constamment en tête.

Au premier chef desquelles cette notion de violence. Corten expliquait assez justement la violence de la société haïtienne elle-même. Pas nécessairement en termes de criminalité ou d'actes violents — le taux d'homicides est d'ailleurs plus faible que chez le voisin et que dans plusieurs pays des Caraïbes/de l'Amérique latine, et si tu veux mon avis, la notion d'insécurité est probablement un peu surmédiatisée dans le cas d'Ayiti, le problème résidant davantage dans une justice aléatoire, monnayable et à géométrie variable qui envoie des messages contradictoires et qui rend difficile la lecture de différentes situations/réactions —, mais plutôt en termes socio-politiques. Lire l'incapacité, voire le manque de volonté de l'État et de la classe dirigeante à articuler un projet social qui tiendrait compte de la majorité, qui écouterait ce qu'elle a à dire, qui s'arrangerait pour définir des réponses réalistes à des demandes légitimes formulées par la population. Bref, l'absence de lien/tissu/ciment social/contrat social, le désoeuvrement d'une population abandonnée à elle-même et où pullulent les laissés-pour-compte (en termes d'éducation, d'accès aux services de base, au travail, à la dignité, etc.) et qui résultent en un manque de confiance généralisé dans les relations citoyen-citoyen, citoyen-État, citoyen-institutions, citoyen-communauté internationale, État-institutions, État-communauté internationale, institutions-communauté internationale and on, and on, and on. Nous sommes donc en présence d'une culture et d'un imaginaire de méfiance. «Il ne faut jamais faire confiance à un Ayisien», répètent souvent les Ayisiens eux-mêmes...

Fait cocasse, après l'intervention des conférenciers — Corten était flanqué de Laënnec Hurbon (théologicien et sociologue, directeur de recherche au CNRS et prof à l'Université Quisqueya), Sabine Manigat (la fille de Leslie, mais pas de Mirlande, intellectuelle haïtienne) et de Guy Alexandre (ancien ambassadeur d'Haïti en République dominicaine) — une période de questions était prévue. «C'est là que le party commence», ai-je murmuré au collègue qui m'accompagnait, connaissant la propension des Ayisiens pour la fierté nationale émotive, leur esprit d'éditorialistes contestataires, et leur manie de présenter leur point de vue en long et en large, haut et fort, sans nécessairement qu'il soit fondé sur une base argumentaire solide. Par des interventions majoritairement provocatrices et tentant de pourfendre les propos des quatre penseurs, ils ont ironiquement fourni une démonstration étoffée de ce que défendaient les conférenciers, de cette idée de violence de la société ayisienne...

Mais pour revenir au texte, je pense que c'est un point de vue. Un point de vue qui se vaut, certes, toute chose étant relative, mais un point de vue qui n'est pas très nuancé et qui est critiquable au point de vue de l'honnêteté intellectuelle. Je veux dire, que l'auteur est clairement contre la présence de la MINUSTAH. Mais il ne propose pas grand chose en termes de solutions alternatives.. Et la réalité, c'est qu'avec la faible capacité de l'État ayisien à lever des impôts — environ 60% du budget national provient de l'extérieur —, il est permis de s'interroger sur sa capacité à entretenir une institution aussi budgétivore que l'armée — ou encore une force policière efficace et non corrompue — pour assurer la sécurité sans couper dans les maigres services qu'il procure à la population. À moins qu'on ne compte encore davantage sur la communauté internationale pour l'offre des autres services? L'indépendance et la souveraineté nationales, je veux bien, mais encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions, être conséquent dans sa définition des priorités et surtout dans ses actions. CQFD...

La solution de l'armée, puisqu'on en parle — elle est à l'étude en ce moment, Martelly ayant confié la réflexion à une commission civile qui a jusqu'au 1er janvier pour se prononcer sur la pertinence, et le cas échéant sur le calendrier de mise en oeuvre, la mission et la philosophie d'une éventuelle force armée en Ayiti — éveille aussi dans le contexte les fantômes d'une institution qui a historiquement été le véhicule de la répression, du glissement de l'intérêt public vers des intérêts particuliers.. Et admettons que Martelly soit bien intentionné. Que cette armée soit fonctionnelle, transparente, objective, qu'elle contribue réellement à la protection de la population et puisse agir en remplacement de la MINUSTAH. Admettons. Se pose toujours la question de la continuité politique d'une telle décision/responsabilité. Ce qui rejoint un autre argument soulevé lors de la conférence de Corten, à savoir la tradition de «gouvernement des hommes» en Ayiti, par opposition au «gouvernement du peuple» — bien que cette idée soit elle-même discutable, je le concède.

Ça soulève une autre question en lien avec le texte que tu m'as envoyé. Est-ce que les exactions, les violences, les violations des droits de l'Homme, sont plus justifiables si commises par des «nationaux»? Attends avant de me lancer des roches, je sais que c'est une question délicate et polémique. Dans ma petite tête, ces exactions/violations ne sont bien évidemment justifiables en aucun cas. Mais Ayiti n'a pas encore d'étoiles dans son cahier au chapitre des droits de l'homme... Bien sûr, la MINUSTAH, en tant qu'entité exogène sensée amener la «stabilité» ne devrait pas être un agent déstabilisateur. Elle reste toutefois une organisation faite d'hommes dotés d'un jugement qui leur est propre, ce qui ne les soustrait pas pourtant au regard que les Ayisiens posent sur eux en tant qu'individus identifiés à un groupe.. Idéalement, la MINUSTAH répondrait de ses actes — et de ceux de ses représentants — en cessant de se cacher derrière les masques des relations publiques et de la diplomatie. Mais l'analyse de M. Frantz occulte certains faits. Il faudrait peut-être poser la question que je pose aux gens compétents qui ont perdu leur travail au sein de l'administration publique parce qu'un certain Aristide avait décidé que les institutions publiques — les ministères, les hôpitaux, les écoles, les universités, etc. — devaient être gouvernées par le bon peuple — même si inexpérimenté — qui s'est empressé de répéter ce qu'il reprochait aux gens qu'il venait de virer, ou encore à ceux qui ont senti leur vie menacée et ont été «forcés» d'émigrer...

Tout ça pour dire que je trouve la question soulevée dans le texte — la question des relations entre le «peuple» et la MINUSTAH et surtout celle des bénéfices apportés par cette dernière — un peu mal posée. Je veux dire qu'il manque des éléments de contexte — la relation entre le «peuple» et l'État, notamment, ou celle des bénéfices apportés par ce dernier... La MINUSTAH a été instaurée en 2004 en réponse à des violations explicites des «droits de l'Homme, en particulier à l'encontre des populations civiles». Dans le meilleur des mondes, la question ne se serait pas posée si l'État avait été en mesure de prévenir de telles violences, voire s'il n'avait pas provoqué leur éclosion. Et je ne suis pas certaine qu'il serait en mesure de le faire aujourd'hui — de «mettre fin à l'impunité», pour reprendre les termes de la résolution 1542 du Conseil de sécurité. C'est une question complexe, qui est souvent traitée de façon émotionnelle et en surface et à laquelle il n'y a pas de solution clé en main. Est-ce que ça serait mieux sans? Ou à l'inverse, est-ce que ça pourrait être pire? Est-ce que la MINUSTAH est vraiment là pour répondre à une menace à la sécurité internationale ou pour répondre à une menace d'Ayiti contre elle-même? Je ne sais pas... Si quelqu'un sait, qu'il lève la main droite et dise «je l'jure».. et surtout, qu'il le démontre!

mercredi 22 juin 2011

Des surpris et des hommes [politiques]

Le candidat au poste de Premier ministre désigné par le président Martelly, Daniel Gérard Rouzier, aura été la première victime du parti INITE — et par la bande, du Groupe des parlementaires pour le renouveau (GPR) —, majoritaire à la Chambre des députés et au Sénat. Et aussi le premier sacrifice humain à l'autel de la politique ayisienne depuis l'élection de celui qui a popularisé le rose.

Des 64 députés présents au vote, 42 ont voté en défaveur d'un PM Rouzier, 19 se sont prononcés pour  sa candidature et trois se sont abstenus. Évoquant tantôt des raisons d'ordre fiscal, tantôt la position de M. Rouzier à titre de consul honoraire de la Jamaïque, ou encore la conformité des documents d'identification soumis aux députés — ses passeports, notamment — la chambre basse réclame un autre candidat. Ils sont cependant plus d'un à croire que ce choix tranché est davantage motivé par des raisons politiques.

«Le résultat du vote prouve que les violons ne s'accordent pas entre le président Michel Martelly et la plateforme INITE, majoritaire dans les deux Assemblées. [...] Si Martelly a bien appris la leçon du vote de mardi, il va rapidement entreprendre les démarches nécessaires auprès du directoire de la plateforme INITE avant de choisir un nouveau Premier ministre», écrit Lemoine Bonneau dans l'éditorial du Nouvelliste au lendemain du vote, rappelant qu'avec une cinquantaine de députés tissés serrés au sein du GPR et 16 sénateurs à la Chambre haute, «la plateforme INITE est incontournable en ce qui a trait à la ratification du choix d'un Premier ministre ainsi qu'à l'approbation de la déclaration de [la] politique générale [de Martelly].»

Premier grand choc de la cohabitation, donc, venu piquer au vif cet hydre à têtes regénérescentes qu'est l'establishment gouvernemental ayisien — en particulier l'INITE par les temps qui courent à rebours — au grand dam d'un Michel Martelly passé au rouge pour l'occasion. «On ne perdra pas de temps. On cherche des solutions. Et mon équipe et moi ne laisserons pas le palais aujourd'hui sans trouver des solutions», a dit Martelly au Nouvelliste, ajoutant, entêté «qu'il ne perdra pas la bataille».
Coincé entre les attentes [élevées] d'un peuple qui vit dans des conditions misérables et qui l'a porté au pouvoir — avec deux gros coups de pouces des États-Unis et de la communauté internationale, il faut le souligner — et celles d'un parti INITE et de toute une classe politique bien plus soucieuse de ses propres intérêts que de ceux du peuple, Martelly, au pouvoir depuis presque 40 jours, devra éventuellement mettre le compromis à son agenda s'il veut pouvoir opérationnaliser son plan des 4E — emploi, éducation, environnement, état de droit...

Le principal intéressé dans ce dossier, Daniel Gérard Rouzier, demeure quant à lui philosophe, selon ses propos rapportés par le Nouvelliste. «J'apprends. C'est un cheminement,» a-t-il déclaré aux journalistes, émettant lui aussi des doutes quant à la nature «technique» de son rejet. «Il se pourrait que je ne corresponde pas au profil de Premier ministre que les députés voudraient voir travailler aux cotés du président», a-t-il nuancé, alimentant le flou sur son éventuelle implication au sein du gouvernement. Plusieurs voient d'ailleurs celui qui est «prêt à se sacrifier pour servir son pays», selon les propos du président Martelly, occuper un poste ministériel important...

Bras de fer politique [qui peut durer longtemps] à renouveler, donc. Pendant ce temps, le président Martelly, dans un message diffusé dans la soirée de mercredi, remercie la population «de ne pas être descendue dans les rues», brandissant la carte de la légitimité «démocratique» au visage des parlementaires et réitérant qu'il est temps que le changement promis prenne place, que la classe politique travaille dans l'intérêt de la population...

***

«Lennie serra les doigts, se cramponna aux cheveux.
— Lâche-moi, cria-t-elle. Mais lâche-moi donc. Lennie était affolé. Son visage se contractait. Elle se mit à hurler et, de l'autre main, il lui couvrit la bouche et le nez.
— Non, j'vous en prie, supplia-t-il. Oh, j'vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait.
Elle se débattait vigoureusement sous ses mains...
— Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j'ai encore fait quelque chose de mal. Il m'laissera pas soigner les lapins.» — John Steinbeck, Des souris et des hommes