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samedi 12 novembre 2011

Pourquoi pas Haïti?

Dany Laferrière (Photo : Le Matin)
Le Festival du film québécois en Haïti bat actuellement son plein à Port-au-Prince. Quatre jours de projections, de causeries et… de Dany Laferrière, à qui est dédiée cette deuxième édition du festival organisé par la Fondation Fabienne Colas.

Laferrière, ses films et ses oeuvres qui ont nourri plusieurs longs métrages sont à l’honneur. On pourra voir Le goût des jeunes filles, Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, Vers le Sud, Comment conquérir l’Amérique en une nuit, ainsi que La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve, portrait documentaire de l’auteur réalisé par le cinéaste et photographe Pedro Ruiz. L’auteur est aussi venu faire la lecture de son livre pour enfants Je suis fou de Vava aux tout-petits et la promotion de son dernier bouquin, L’art presque perdu de ne rien faire. Dans l’intervalle, on a l’impression que c’est Port-au-Prince qui respire au rythme de Laferrière, alors que l’inverse émane de tous ses livres. L’auteur est partout : à la télé, à la radio, dans les journaux. Tout le monde veut son petit bout du prix Médicis 2009 et de la dernière mouture du dictionnaire Larousse…

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Il était là, hier, à l’Institut français, pour la projection de Pourquoi pas Haïti?, un documentaire de Réal Barnabé, ancien journaliste à Radio-Canada. Le reportage, originalement diffusé sur RDI à l’émission Les grands reportages, est le miroir de Pourquoi Haïti?, réalisé cinquante ans plus tôt par la célèbre journaliste québécoise Judith Jasmin.

Le journaliste et vice-président de la Fondation Fabienne Colas, un amoureux d’Ayiti qui a séjourné dans l’île des dizaines de fois depuis les années 1970 et qui y dirige aujourd’hui Enfòmasyon Nou Dwe Konnen (News you can use) — un projet d’Internews qui diffuse quotidiennement vingt minutes d’informations en créole sur plusieurs chaînes de radio locales — pose à travers ce documentaire affecté la question suivante : qu’est-ce qui a changé dans la situation des Ayisiens en cinquante ans?

Intégrant des images du reportage original et interrogeant les protagonistes rencontrés par Judith Jasmin en 1959 — dont les intellectuels Mirlande Hippolyte-Manigat, constitutionnaliste, enseignante et candidate défaite aux élections présidentielles de 2010 et son mari Leslie Manigat, historien et ancien président de la République renversé par un coup d’État en 1988 —, Réal Barnabé fait le triste et évident constat que les conditions de vie ne se sont guère améliorées depuis le temps. Qu’elles se sont probablement même détériorées avec les chocs engendrés par la mondialisation économique et la turbulence politique d’une part, mais aussi, évidemment, avec le séisme dévastateur du 12 janvier…

Le réalisateur a cependant eu la bonne idée d’entrecouper les témoignages touchants et désespérés des Ayisiens de la rue — des marchandes qui font commerce quotidien pour un petit rien, de jeunes chômeurs qui jouent aux dominos à longueur de journée, des enfants qui font l’école buissonnière pour aider leurs parents à joindre les deux bouts — avec ceux d’idéalistes de la jeune génération, pleins de projets ambitieux et de rêves pour leur pays, laissant filtrer un peu de lumière dans ce film et ce pays aux contours de désespoir.

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La projection était d’ailleurs suivie d’une table ronde sous le thème «Rester en Haïti pour contribuer à son développement». Le réalisateur, les jeunes interviewés dans le documentaire et le représentant de Droits et démocratie en Haïti ont répondu aux questions du public.. et de Dany Laferrière.

Malheureusement, les questions — surtout des commentaires en fait, dans une habitude bien ayisienne d’avoir une opinion critique et des positions bien campées sur tout — ont surtout porté sur le film, écartant le débat de ce qu’il était sensé être. Pourquoi tel ou tel choix éditorial? Je ne suis pas d’accord avec la façon de représenter tel ou tel aspect de la réalité ayisienne. Pourquoi on ne voit pas la classe moyenne — la question de Dany Laferrière, qui s’en est allé avant même d’obtenir la réponse…? Il aurait fallu parler plus de l’implication de la communauté internationale. Je pense que. Je ne suis pas d’accord avec. Se pa fot mwen. Bla bla bla…

Une intervention proposée par un jeune ingénieur qu’on voit dans le film m’a remis sur la route de l’espoir. Il a dit quelque chose qui sonnait comme : il faudrait être capables de réfléchir ensemble sur ce que l’on veut pour ce pays, établir des bases communes pour aller de l’avant, agir. Tèt ansanm. Une pensée collectiviste. C’est de ça que ce pays aux intérêts individuels a le plus besoin… Merci jeune homme.

dimanche 2 octobre 2011

Chauffer la couette

Des vieux qui se dérident, des jeunes qui prennent conscience de ce qu'a pu endurer celui qui les a mis au monde, des propriétaires de pénis qui les aiment tant : les vagins étaient à l'honneur hier au Villatte de Pétionville, transformé en chaude et humide scène de théâtre à l'occasion des courus et créolisés Monologues du vagin. Et aller au théâtre en Ayiti, ça implique avoir droit à deux spectacles pour le prix d'un...

Cinq actrices, 17 tableaux basés sur les témoignages de 200 femmes et joués dans un décor épuré flanqué de trois tabourets de bar, et un seul sujet par où tout a commencé. Premier spectacle, fort réussi malgré quelques petites difficultés techniques et un confort compromis par la proximité des voisins. 

Deuxième spectacle que ces 400 Ayisiens qui s'en donnent à coeur joie dans l'assistance, rigolant bruyamment, tapant des mains et lançant même des blagues coquines et de circonstance à l'intention de leurs homologues et des protagonistes de la pièce. Jamais vu un public aussi participatif et aussi plongé dans l'action que celui-là, déchaîné et, il faut le dire, apportant valeur ajoutée et couleur locale au spectacle — malgré quelques petites incartades vulgaires de coqs en manque d'attention et d'autorité voulant marquer le territoire de la basse-cour.

Car l'heure était au «plaidoyer pour le respect de la femme, de son sexe et de la sexualité», comme disait joliment le carton d'invitation. Et messieurs, ce n'était pas la peine d'essayer de «voler l'show» avec vos répliques cinglantes qui ne nous laissaient qu'envisager votre intimidation, votre malaise et votre manque de doigté devant le beau sexe.

Du reste, pas une seule fois nos cinq déesses n'ont décroché pendant ce marathon de deux heures — surtout pour Cynthia Jean Louis, de quasi toutes les scènes et excellente au bord des larmes, de l'extase, de l'hystérie comme de l'hilarité. Fabienne Colimon, au crépuscule de la vie, Huguette Saint-Fleur en belle de jour et Ange Bellie Andou en belle de nuit complétaient la distribution de la dramaturge et scénariste Florence Jean Louis Dupuy, la tante de l'autre, qui a également fait une brève apparition au début de la pièce... et qui nous a promis avant de tirer le rideau que la prochaine fois, on saurait «tout, tout, tout, on saurait tout sur les zizis».

Tant qu'on peut encore profiter de notre petit quinze minutes de gloire... Et en espérant que ces hommes n'ont pas compté le temps comme on ne compte pas les mots créoles pour poursuivre l'hommage à la chat, au bobot, au krek, à la chouchoun, à la koukoun, à la bouboun, à la foufoun, anba la...

jeudi 22 septembre 2011

La chouchoun[e] parlera pour les Ayisiennes


 En y pensant rapidement, je connais au moins deux personnes à qui on attribue le surnom affectueux de «chouchoune». En kreyol, c'est un peu comme si elles se faisaient appeler «vagin» par celui qui les a à proprement parlé mises au monde... Où je veux en venir, c'est que Les Monologues du vagin, pièce de théâtre phare du post-modernisme féministe de l'Américaine Eve Ensler, sera à l'affiche à Port-au-Prince au mois d'octobre prochain.


Ce n'est pas la première fois qu'est présentée Pawòl Chouchoun, version haïtianisée des Monologues, à Port-au-Prince. L'Atelier Théâtre Éclosion et son audacieuse fondatrice et metteure en scène Florence Jean Louis Dupuy, ont déjà goûté le fruit défendu dans la capitale ayisienne, sa banlieue (Miami) et sa soeur nordique (Montréal). Et avec un retentissant succès, s'il-vous-plaît.

Adaptée à 70% en français et à 30% en kreyol ayisien, la pièce traduite dans 45 langues et jouée dans 135 pays — merci aux recherchistes de Radio-Canada — aborde un sujet tabou en Ayiti. Un sujet tabou en Ayiti, mais aussi dans le reste du monde, malgré toutes ces années écoulées depuis la révolution sexuelle. 

«Je dis "vagin" parce que j'ai lu les statistiques. Partout les vagins subissent de mauvais traitements. Des centaines de milliers de femmes sont violées chaque année dans le monde. Cent millions de femmes ont subi des mutilations génitales. La liste est longue. Je dis "vagin" parce que je veux que cessent ces horreurs. Et je sais qu'elles ne cesseront pas tant que nous n'admettrons pas qu'elles existent. Et le seul moyen de le savoir, c'est de permettre aux femmes de parler sans peur d'être punies ou sanctionnées», dit Eve Esner.

Le texte, basé sur plus de 200 entretiens avec des femmes de tout horizons, laisse effectivement la place aux sensations, aux aspirations, aux angoisses et aux joies des femmes, sujet dont on ne parle peu ou pas dans ce pays coincé entre tradition et modernité et dominé par un discours masculiniste. Chapeau, donc, à ces femmes qui osent. On vous tient au courant, en espérant que ces Pawòl Chouchoun ne se retrouvent pas de le mot de Cambronne...

samedi 30 juillet 2011

Dessine-moi un pays

L'une des réflexions les plus imbéciles qu'il m'ait été donné d'entendre depuis que je suis ici – et il y en a eu plusieurs – est sortie de la bouche et de la tête d'un médecin. «Il y a tellement de choses écrites sur les murs à Port-au-Prince, pas besoin de livres!», a-t-il dit lâché en plein blokis (embouteillage) candidement mais le plus sérieusement du monde, affairé qu'il était à déchiffrer slogans politiques, publicités agressives, versets religieux et autres messages détournés ou non de l'OCDE («L'administration d'un pays est régie par des lois point barre» vient d'apparaître à deux pas du bureau et je doute que le «point barre» soit sorti de la bouche de l'OCDE).

On s'entend, la reconstruction d'Ayiti, et plus largement celle de l'identité ayisienne, ne peut pas passer par les «JC Duvalier, bon retou», «Mulet (ex-chef de la MINUSTAH) + OEA = kolera» ou «Cris kapab» graffités à la va-vite sur les murs craquelés de la capitale. Et aucune obscurité ne pourrait justifier qu'apprendre à lire se fasse à grand coup de fautes d'orthographe et de slogans partisans, voire parfois haineux, dans la rue. La République a un pas de géant à faire en termes d'éducation, c'est clair. Mais elle a surtout un pas de géant à faire en termes d'accès à cette éducation, aujourd'hui apanage quasi exclusif d'une minorité de nantis qui fait tout pour conserver la mainmise qu'elle exerce sur la gestion des affaires de l'État et donc de la définition du «vivre-ensemble».

Il se trouve plusieurs penseurs pour nier l'existence même d'une société civile ayisienne capable de s'organiser et d'articuler ses demandes à l'État, voire le remettre sur le droit chemin. D'autres admettront qu'elle existe, mais s'entendent pour dire qu'elle vivote à l'état embryonnaire. Absence de délibération des enjeux les plus cruciaux dans l'espace public, mécanismes de reddition de comptes (parfois volontairement) inopérants, État faible, corrompu et moribond et mobilité sociale engluée dans des préjugés coloniaux et bourgeois. Le tout, exacerbé par la présence exponentielle de la société civile internationale depuis le 12 janvier 2010 – les ONG qui oeuvrent dans certains secteurs ont parfois des budgets de fonctionnement surpassant largement les capacités des ministères ayisiens. Nous sommes dans la République des ONG, pas celle des Ayisiens...

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Dans ce joyeux bordel de dépendance, d'inégalités et d'espace public anéanti, un graffiteur utilise le mobilier urbain à sa façon afin de distiller un message d'espoir. Dans la clandestinité et l'anonymat de la nuit d'abord, puis à la lumière du grand jour depuis le séisme, Moïse Jerry Rosenbert tente de mobiliser la jeunesse ayisienne, d'arracher un sourire et une réflexion sociale aux passants et de faire bouger les choses avec ses canettes de peinture en aérosol. 

«Je fais du graffiti pour que les gens se rendent compte que nous devons cesser de galérer, de se battre les uns contre les autres. Nous devons nous mettre ensemble pour un plus grand projet : construire notre pays ensemble, aller de l'avant», confiait-il au Guardian six mois après le tremblement de terre. «Ce que je veux, c'est une Ayiti nouvelle. Je veux que la jeunesse prenne le flambeau, qu'elle crée quelque chose de nouveau. Par le graffiti, je cherche à rejoindre la jeunesse. À la rendre plus forte, qu'elle prenne conscience qu'elle peut s'impliquer dans le développement et les affaires du pays.» 

La popularité grandissante de Jerry l'a aussi amené à s'impliquer directement dans les camps. Embauché par des ONG, l'artiste urbain a été appelé, par exemple, à illustrer les notions d'hygiène de base de façon à prévenir la propagation des maladies infectieuses. Et le message passe nettement mieux qu'avec les méthodes traditionnelles des affiches ou des tracts, croit Caritas, l'une des ONG qui a fait appel aux canettes de Jerry. «C'est une obligation pour moi d'en faire plus pour la population», croit le principal intéressé.

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Ça prendra évidemment plus que les tags de Jerry pour changer Ayiti et la dépatouiller de ce bourbier infini dans lequel elle est enlisée. Son discours, son implication et surtout ses dessins ajoutent toutefois une touche de couleur à la grisaille monotone et monochrome de la misère. Et ils pourraient éventuellement en rallier et en impliquer d'autres...

La vidéo du Guardian

vendredi 29 avril 2011

Mauvaise journée pour étendre

Quatre-heures-et-demie-cinq-heures-moins-quart, hier soir. Le ciel, qui avait mis tout l'après-midi à se voiler d'un camaïeu de gris menaçants, s'est fendu d'un seul coup sur Port-au-Prince. Comme une piñata qui reçoit le coup de grâce.

C'était la première fois que je voyais la pluie de jour. Même si c'est techniquement la saison des pluies, les averses se manifestent généralement en fin soirée et ne durent jamais bien longtemps — rarement plus d'une heure. Quand ça tombe, par contre, ça tombe. Et ça sème la panique.

Dès le premiers coups de vents violents, les Port-au-princiens s'emballent. Ils plient bagages. On les voient s'agiter dans les rues, se disperser à droite et à gauche. Comme une petite fin du monde à chaque fois. Le soir, après la pluie, les rues humides sont vides. Mais là, à l'heure de pointe, c'était un peu le chaos, tout le monde cherchant à se mettre à l'abri le temps de l'averse ou à rentrer chez eux le plus rapidement possible.

Des dizaines de personnes serrées dans les moindres racoins offrant une petite protection. J'ai dû me frayer un chemin pour accéder au guichet automatique, les gens étant tous aglutinés pour profiter d'un petit bout de toit — merci ô grand Dieu Sogebank. En descendant de Pétionville, ils étaient sept ou huit sous les parasols qui protègent normalement les marchandes du soleil. Mangues, oranges, chadèques étaient restées sur le trottoir. Comme des témoins du temps qui s'arrête dans l'intervalle, figeant tout le monde jusqu'à ce que Dieu arrête de pleurer sur leur tête.

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Malgré tout ce qu'ils endurent au quotidien, la pluie a sur les Ayisiens un effet impressionnant. En moins de deux, ils disparaissent carrément de la vue. «Ayisien pa gen pè machin, gen pè lapli» (Les Ayisiens n'ont pas peur des voitures, ils ont peur de la pluie).

Il n'y a pas vraiment de croyances rattachées directement à la pluie dans le vaudou ayisien. Simbi Dlo ou Simbi Andezo, esprits de la famille des lwa serpents, font davantage référence aux points d'eau — lacs et rivières — dont il sont les gardiens et où les vaudouïsants pratiquent certaines formes de transe.  À proprement parler, dans la culture vaudou, la pluie n'est donc qu'un phénomène naturel normal. Si l'on cherche à tout prix un lien religieux, on peut dire que c'est l'offrande du Bondye pour l'agriculture — une référence plus catholique que vaudou.

Il semblerait que cet effet que la pluie a sur les Ayisiens tienne donc davantage de la peur du froid, voire de la peur d'être malade, que de la spiritualité. Les trous d'homme — souvent sans bouche d'égoûts — et les nids d'autruche, camoufflés par les vagues, sont d'autres explications plausibles quant à la peur de la pluie des Port-au-princiens. Le spectacle de la fuite a tout de même quelque chose de rigolo à observer...

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Jusqu'à ce que l'on songe aux morts que causent la pluie et les vents violents. Parce que la pluie, même si elle tombe de façon drue et pendant un temps restreint, demeure après l'averse. Les ravines la font dégringoler jusqu'au bas de la ville, entraînant dans leur sillage déchets et microbes jusqu'à Martissant, Carrefour, et autres quartiers populeux et populaires. La route de Delmas ressemblait hier davantage à une rivière en crue qu'à une rue. L'eau ruisselait violemment, remontant de quelques mètres lorsqu'elle frappait des obstacles sur son passage. 

Quelques braves avaient retiré leurs chaussures pour, pieds nus, tenir tête aux éléments. Les vêtements collés au corps, ils avançaient d'un pas lourd dans cette eau fangeuse, vers des lieux inconnus mais mouillés.

Les rivières, où se lavent et se rafraîchissent campagnards et villageois, font aussi leur lot de victimes en ces temps torrentiels. Pris par surprise, ces derniers sont parfois happés par les flots impétueux et intempestifs venus gonfler subitement leur salle de lavage en plein air. On me raconte aussi que sur la route des Nippes, où un pont a été détruit par le séisme et où il faut traverser par la rivière asséchée, une voiture a ainsi été emportée jusqu'à la mer, faisant prisonniers des eaux ses passagers aventureux.

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Mais par-dessus tout, lorsque les éléments se déchaînent, on pense aux milliers de déplacés qui vivent dans des conditions lamentables sous des tentes rapiécées. Et on rage en se disant que Kate et William ont reçu de Stephen Harper un «kit de camping» de luxe en guise de cadeau de mariage. Il y en a qui ont vraiment tout [faux] sur cette planète... En tout cas, moi j'ai une petite suggestion-destination-soleil-paradisiaque-et-méconnue pour étrenner ce «kit» en voyage de noces!

dimanche 24 avril 2011

J'ai vu Michael Jackson

Graffiti de MJ à Port-au-Prince.
Pas de farce, j'ai vu Michael Jackson. Seuls détails, le vrai Michael Jackson que j'ai vu — parce que c'est clair que c'était le vrai — est ressuscité en noir, l'est resté et a gardé son vrai nez.

Je ne voudrais pas verser dans les clichés, mais c'est connu, les Ayisiens ont la danse dans le sang. Ils savent bouger. Ils ont le sens du rythme, le sens du mouvement et la pirouette facile. Ce que j'ai vu en fin de semaine n'était pas que la pâle copie du roi de la pop en plus foncé. C'était lui! Même silhouette élancée, même façon de bouger, saccadée même sez-appeal étrange et mêmes vêtements qui servent d'extension au corps. Le vrai MJ, j'vous dis!

C'était à l'occasion d'un spectacle au Café des arts — sympathique bar dans une cour intérieure de Pétionville, qui jouxte une galerie d'art bien connue (la Galerie Monnin), qui sert d'hostel et où la fête est toujours de mise si l'on en croit le gérant de l'endroit, un p'tit gars d'Alma! Plusieurs artistes sont venus tour à tour au micro, entrecoupé par DJ T-Toe, le résident de la place qui s'y connait très bien en musique urbaine, trip-hop, dub, dubstep et autres propositions dansantes. Un tour de chant sur du Rihanna très bien exécuté. Un groupe de «mizik rasin» (le «roots» pour les intimes) venu réchauffer la salle. Un rappeur kreyol venu nous donner des cours de «flow». Et j'en passe. 

Le tout aurait pu être fort décousu — on passe par dessus l'animation un peu lancinante —, mais finalement, c'était un spectacle qui se tenait debout. Et la foule s'est littéralement tue quand est venu le tour de Michael Jackson — puisque je vous dis que c'était le vrai! Sur un mash-up de Billie Jean, Thriller, Beat it, Dangerous et autres Bad, les yeux de tous étaient rivés sur l'agile danseur et son moonwalk à confondre les plus sceptiques. Cris et applaudissements nourris. Foule stupéfaite.

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Sur le chemin du retour, j'ai pensé à American Idol, America's got talent et autres So you think you can dance? À peu près toutes les nations ont leur version plus ou moins personnalisée de ces télé-réalités. Mais pas Ayiti, à ce que je sache. On doit commencer à avoir fait le tour des talents américains, non..? Pourquoi les producteurs n'osent pas venir découvrir les perles des Antilles — je ne connais pas précisément la situation financière des télés ayisiennes, mais je me dis que les droits de ces émissions doivent être un peu hors de leurs moyens..? Je lance l'idée. Le talent et la détermination sont au rendez-vous, en tout cas. Et les talents auraient probablement des choses à dire, en plus de savoir danser...

lundi 11 avril 2011

Bamako in the hood

Mariam et Amadou à Port-au-Prince
Encore une de ces soirées portauprinciennes inusitées, alors que le soleil joue au ping-pong avec la lune. Quelques chanceux ont été éblouis — aveuglés?! — dimanche soir par la guitare dorée et les rythmes maliens d'Amadou et Mariam, accompagnés pour l'occasion des invités ayisiens Beken et James Germain.

C'est l'Institut français qui recevait, sous l'initiative du Programme alimentaire mondial, pour qui Amadou Bagayako et Mariam Doumbia sont chanteurs ambassadeurs auprès de l'Union européenne. Et nous ne sommes pas restés sur notre faim, le duo malien a même joué Dimanche à Bamako deux fois, les quelques 200 spectateurs assis en profitant pour se lever et fouler le plancher de danse après l'initiation de ce dernier par la ministre de la Culture et de la Communication, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue. 

«Nous sommes contents d'être ici pour la première fois. Il faut travailler ensemble pour la joie et la solidarité, pour un but humanitaire: lutter contre la faim», a dit le couple non-voyant affublé de chic lunettes noires, visiblement content de la chaleur de l'accueil qu'ils ont reçu des dignitaires et autres chanceux présents. «Aujourd'hui, c'est dimanche. À Bamako, c'est le jour des mariages. Et en Haïti?»

Oui je l'aurai dans la mémoire longtemps... Et indubitablement dans la tête pendant une semaine!

jeudi 7 avril 2011

Suer du front

Depuis que je vous cuisine avec ce blog, je n'ai pas encore songé à vous prendre par là où c'est vraiment efficace: par le ventre. Peut-être fallait-il que je me laisse le temps de goûter un peu à tout avant de pouvoir cracher le morceau, je ne sais pas. Je n'ai pas encore tout essayé, mais je crois être en mesure de mettre la table pour vous. Je vous servirai une deuxième portion si le besoin s'en fait sentir.

Pour être honnête, je pensais trouver mon assiette un peu fade et ennuyante en Ayiti. J'imaginais le menu ayisien comme une longue et fastidieuse répétition qui avait tout pour me démotiver la fourchette et pour tuer Michel Montignac une deuxième fois — pain, patates, pâtes. Il est clair que Michel Montignac mourrait probablement de la diète ayisienne, mais pas pour les raisons que je m'étais imaginées!

Ses yeux d'enfant obèse auraient peut-être au contraire craqué pour la cuisine d'ici, très grasse et très salée. J'ai même entendu un médecin, à ma grande surprise, dire que le régime d'un Ayisien moyen est plus salé que celui d'un Nord-Américain tout aussi moyen — moyen dans le sens de moyenne, pas de tour de taille, évidemment! Bref, on parle de beaucoup de friture et de beaucoup de sel.

Seulement, si on peut racheter la mise un brin, il faut dire que le sel consommé ici est ajouté lors de la préparation de ces derniers, ni dans une perspective de conservation des aliments, ni dans des processus de transformation des aliments «préparés» [avec sel mais sans amour] que l'on retrouve [en trop grande quantité] chez nous.

Je vous entend me demander de passer au plat de résistance — on mange quoi en Ayiti, Émilie?!

J'y viens, j'y viens, juste le temps de vous dire que la cuisine ayisienne est savoureuse. Sans être trop épicée, elle est bien relevée et assaisonnée avec générosité. En fait, la cuisine ayisienne résulte d'un mélange d'influences : une part de cuisine française, une part d'influences africaines, une pincées de  nostalgie taïnos (arawaks). Quelques dérivés de cuisines étrangères sont également venus s'intégrer à la casserole ayisienne au fur et à mesure que les commerçants — arabes, par exemple — venaient s'installer au pays.

Bon. Protéinons un peu. On mange beaucoup de viande. Il y a presque toujours de la viande, en fait. De la viande, ou du poisson. On mange beaucoup de poulet. De la «poul peyi», de la poule d'ici, qui est soit disant plus ferme et qui a soit disant un goût différent en lien avec une diète différente composée des moyens du bord (je suis prête à y croire, mais je ne goûte pas vraiment la différence..), et de la «poul blan», du poulet d'étranger — qui peut venir d'aussi proche que de la République dominicaine. Le poulet est souvent servi en sauce, particulièrement avec la «sos kreyol», qui contient tomates, persil, thym, basilic, ail, oignons, poivrons verts, échalotes, oignons, carottes, une grande quantité de beurre et beaucoup de petits piments traîtres (que j'aime bien mais qui me font suer du front!).

On mange aussi du boeuf, le plus souvent mijoté. Les viandes sont pratiquement toujours servies en sauce, dans laquelle on peut voir se dédoubler le gras... On prépare la chèvre — «kabrit» — de la même manière. De la chèvre, on fait aussi le «tassot», un plat de «kabrit» frit dans l'huile végétale, qu'on aura préalablement fait mariné dans du jus d'agrumes (oranges et citrons — les citrons jaunes n'existent pas ici, et on confond donc lime et citron) et des échalotes.  Le tassot est généralement servi avec la «sos ti malice», dont les ingrédients de base sont le beurre, le jus de lime, les oignons et l'ail émincés finement et les fameux piments-qui-font-suer-du-front.

Parlant de gras, qui vient en Ayiti ne peut passer à côté du «griot», et ce, même si sa diète le proscrit! Le griot ressemble un peu au tassot, mais est généralement concocté à base de porc. Donc, à mariner, des cubes de porcs — avec le gras et la peau s'il vous plaît! — avec jus de citron (lime, encore), jus d'orange, échalotes, oignons, ail, thym, sel et poivre, et les petits piments-qui-n'ont-l'air-de-rien-mais-qui-font... — les plus funky ajoutent du vieux rhum aussi. À partir de là, c'est le même principe que pour le tassot: on plonge les morceaux de porc dans de l'huile végétale brûlante, jusqu'à ce que ça soit croustillant. (Je crois qu'on peut préalablement opérer une première cuisson pour éviter de carboniser le tout en plongeant la viande dans l'huile chaude et avoir une cuisson moins rosée.)

Au tour des poissons, maintenant — qu'on sert parfois au déjeuner. Au chapitre des poissons, il faut parler du poisson gros sel. Le poisson gros sel est un poisson entier qu'on fait cuire, euh, avec du sel?! Sans rigoler: beurre, jus de citron, piments-qui..., oignons, poivrons, échalotes, clou de girofle, persil, un peu de vinaigre, de l'eau, du poivre et du gros sel au goût. On fait d'abord mariner le poisson avec citron, piments, échalotes, épices, vinaigre. Puis on prépare un court-bouillon avec l'eau, piments, céleri, oignons, poivrons et citron, qu'on porte à ébullition et auquel on ajoute le beurre une fois que c'est fait. On plonge les poissons — ils sont habitués — avec la marinade et ne fois qu'ils sont cuits, on les retire et on les réserve. On ajoute un peu de beurre — oui, encore — et on laisse mijoter la sauce, dont on arrosera le poisson au momemt de servir.

Toutes ces belles recettes sont normalement accompagnées de riz. Du riz blanc, diri jon jon — riz qui devient noir à force de cuisson avec un champignon dont je n'ai pas encore percé le mystère — ou diri kole — tous les riz préparés avec n'importe quel légume, le plus souvent des haricots. Les riz sont souvent servis avec la «sos pwa», une sauce assez épaisse préparée avec des haricots rouges le plus souvent, mais parfois avec d'autres variétés de pois, mélangés ou non (pois blancs, pois congo, etc).

Parmi les accompagnements, on trouve aussi les «banann pézé», bananes plantain frites par deux fois, qu'on prend grand soin d'écrapoutir généreusement entre deux fritures. Il y a aussi les «accras», préparés avec le malanga, une tubercule qu'on réduit en poudre et qu'on mélange avec ail, persil, piments-qui..., échalotes, sel, poivre, parfois un peu de morue cuite. (Certains ajoutent de l'oeuf ou de l'eau pour lier la préparation.) Devinez la suite? Bingo, la friture.. Plus sain, mais tout aussi décapant: le «pikliz», salade de chou à base de vinaigre et de.. piments-qui-font-suer-du-front!

La soupe giraumon (courge ressemblant au potiron, à la citrouille) est également typique. C'est la soupe de l'indépendance. Tout le monde en mange le 1er janvier, paraît-il. Grosso modo, c'est un potage de giraumon auquel on peut ajouter de la viande, des morceaux d'igname, de carotte, de chou, d'oignon, de pomme de terre... Certains la servent aussi avec des pâtes alimentaires. Mais toujours, elle est bien relevée avec... (vous avez compris le principe...)

***

Bien sûr — si on a encore faim! — on mange aussi beaucoup de fruits, selon la saison. Pour illustrer la chose, je peux dire que dans la cour de la famille où je vis, il y a des arbres à : mangues, bananes (fig banann et banann plantain), cerises (une variété différente de celle qui pousse chez nous, plus fibreuse et plus sûrette, avec laquelle on fait de l'excellent jus!), mandarines, citrons, oranges, chadèques (genre de gros pamplemousses), noix de coco, amandes, avocats (je dois en oublier..). On mange aussi des ananas, du melon d'eau, de la papaye, du corossol, des fruits de la passion, de la canne à sucre,  de la goyave, de la pomme grenade, etc. De tous ces beaux fruits, on fait aussi des jus délicieux, souvent très sucrés par contre — les Ayisiens ont tendance à abuser du sucre — et des cocktails enivrants à base de très bon rhum (le Barbancourt).

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Quoi d'autre? Des anecdotes culinaires me viennent en tête — euh, on mange des spaghettis pour déjeuner?! — mais il se fait un peu tard. Je vous laisse digérer et je vous reviens bientôt avec des photos et de plus amples recettes de «manje kreyol».

mercredi 30 mars 2011

Girls just want to have fun! (2)

Le regard n’est pas toujours facile à soutenir à Port-au-Prince. Le spectacle dont nous sommes témoins tous les jours est parfois désolant, souvent troublant et nous renvoie toujours à notre petit confort indécent d’Occidentaux. Les moments où l’on peut oublier cette misère quotidienne sont rares et on apprend vite à en jouir au maximum lorsqu’ils passent. Hier soir, c’était l’un de ces moments où l’assèchement de nos humeurs aqueuses d’«expats» était directement proportionnel à notre incrédulité de voir Arcade Fire s’offrir à nos 400 yeux au mythique hôtel Oloffson. Vrai comme chus là!

La rumeur circulait tout bas depuis quelques jours. Des pancartes fluo minimalistes étaient disséminées dans la ville, annonçant le grand retour de RAM — un band de musique vaudou/transe qui se produit normalement tous les jeudis soirs à l’Oloffson, dont le chanteur Richard A. Morris est propriétaire — avec un «artiste invité canadien»… 

*** 
«—  C’est qui tu crois?
—   Dans mes rêves les plus fous, Arcade Fire?!!
—   Heille, ça serait malade..! J’peux pas croire… Cette pensée folle m'a effleuré l'esprit aussi. Mais non, attends, ça se peut pas..»

La veille du spectacle, je téléphone à l’Oloffson pour de plus amples informations — je sais pas comment j’ai réussi à avoir la ligne, ça répond jamais!

«—  Ouin, j’ai vu des affiches pour le spectacle de demain.
—   Oui…
—   J’aimerais savoir, qui est l’«artiste invité canadien»?
—   Euh, pouvez-vous rappeler dans deux minutes, je vais aller m’informer..
—   Pas de problème, mèsi anpil.
—   […]
—   Ouin, c’est encore moi, alors, cet «artiste invité canadien»?
—   Arcate Fwire.
—   Vous avez bien dit Arcade Fire??! Non, c’est sérieux??!
—   Euh, oui, c’est ça, Arcade Fire.
—   Malade, je suis vraiment excitée! C’est à quelle heure? On peut réserver? Qui jouera en premier? Vous êtes certaine, vous avez bien dit Arcade Fire?
—   Oui, oui. Ça commence vers 8-9h.Vous voulez réserver?
—   Mets-en! Je vous aime, madame!»

***

J'ai passé l'après-midi à attendre à l'Oloffson pour une éventuelle entrevue avec le groupe — et à dicter mon fond de texte au téléphone à Montréal (on fait du journalisme de brousse ou on en fait pas!). L'endroit est charmant et décontracté. C'est l'un de ces rares bâtiments portauprinciens qui serve encore d'exemple pour illustrer le style architectural «gingerbread», proche cousin du style victorien avec ses dentelles de bois, ses lucarnes et ses galeries caractéristiques de la fin du XIVe siècle. C'est aussi là qu'a été tourné le film The Comedians avec Elisabeth Taylor et Richard Burton. Bref, pour plusieurs raisons, c'est un incontournable du quartier de Carrefour-feuilles — Le Nouvelliste rapportait récemment que ces morceaux de patrimoine sont par ailleurs en péril, une cinquantaine d'entre eux ayant été endommagés par le séisme sur un total de 204 bâtiments.

Jusqu'à 18h30-19h, j'ai donc eu le temps de me poser plusieurs questions, en plus d'explorer les lieux d'un oeil intéressé, l'autre étant fixé sur le lobby à l'affût de l'arrivée de Régine Chassagne, des frères Butler et de leurs acolytes. Puis, je me suis pincée quand un minibus est arrivé, avalant de travers une bouchée d'accra. Je me suis pincée encore quand j'ai vu les huit membres d'Arcade Fire débarquer du véhicule et saluer les curieux agglutinés autour d'eux. Et je me suis re-repincée quand je les ai vus installer eux-mêmes leurs instruments sur une scène à hauteur du plancher qui allait bientôt devenir le centre de l'attention. C'était vrai, ils étaient là. Et «fullband», en plus.

Mais pas d'entrevue. On garde ça entre nous. On ne sent pas le besoin de publiciser la chose... On comprend, les amis, «pa gen problem». Merci d'être là, tout simplement!


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Le spectacle était magique. Ils ont joué presqu'une heure et demie sous nos yeux satisfaits et incrédules, qui ne se croyaient pas eux-mêmes. Le clou a bien sûr été l'interprétation de la chanson Haiti, en toute fin de séance, juste avant un court rappel. Il était temps de les laisser filer. La première partie était terminée. Après tout, ils étaient venus, eux-aussi, pour voir RAM jouer chez eux!

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À la sortie, les putes de luxe se sont chargées de ramener nos yeux sur terre...
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Je vous fais un cadeau. Mon collègue Jean-François Labadie a capté quelques bouts du spectacle en vidéo, dont une reprise de Girls Just Want to Have Fun, de Cyndi Lauper. Il a accepté gentiment de me céder ce bout de film. Merci JF!

Et désolée pour la compression..


Girls just want to have fun!

Les rumeurs ne se concrétisent pas toujours en Ayiti. (Ça ne paraît pas, mais j'apprends!) Mais cette fois, c'était vrai! Arcade Fire était bel et bien à Port-au-Price ce mardi soir pour une prestation au mythique hôtel Oloffson — lieu de tournage du film Les Comédiens, avec Richard Burton et Elisabeth Taylor, et tiré du roman de Graham Greene.

J'veux pas faire chier, mais c'était malade! 

Et la soirée s'est poursuivie avec RAM, un band de vaudou/transe qui occupe normalement les lieux le jeudi soir.

Vraiment, Port-au-Prince, tu ne cesseras jamais de me surprendre!

dimanche 27 mars 2011

Se pa fòt mwen..

En Ayiti, c'est jamais la faute de personne. Il existe toujours une «excellente» raison pour justifier sa non-implication dans les conséquences de ses actes. Les retards, les faux-pas, les promesses non tenues et les absences sont donc monnaie courante et l'imagination déployée pour les justifier les rend doublement pénibles... «Se pa fòt mwen», qu'ils disent...

J'ai déjà écrit auparavant que le «oui mais» est le paradis fiscal de l'examen de conscience. Je mesurais à peine l'étendue de mon propos... S'il est absolument faux de considérer Ayiti comme un paradis fiscal — les barrières à l'investissement étranger sont multiples (droits de douanes exorbitants, procédures administratives pesantes, instabilités politique et sociale, et compagnies d'assurances peu fiables, notamment) et les secteurs financier et bancaire souffrent de sous-développement chronique — au chapitre de l'examen de conscience, le «oui mais» est roi et maître!

Je vous entends demander des exemples. Une employée attendue à 7h du matin s'est pointée vers les 9h30 un jour important.. «Oui, mais j'habite près de l'aéroport. Oui mais, ma voiture est en panne depuis hier (elle a pas d'permis!). Oui mais l'ami qui venait me chercher est arrivé en retard. Oui mais le blokis...» Je la soupçonne de s'être inventé un chien pour avoir mangé son devoir civique! Et rigolant en créole pour que «blan» ne comprenne pas le reste...


«Ah, pis laisse faire..!»

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Où je veux en venir? Là où je croyais naïvement trouver solidarité et entraide, je trouve chacun-pour-soi et individualisme marqué. Là où je croyais trouver regroupement social autour de points rassembleurs, je trouve 9 millions de communautarismes épars et silencieux, toujours prêts à revendiquer pour leur paroisse. Mosaïque morcelée, faïence de faux-fuyants éclatée sur le sol.. «Se toujou pa fòt mwen», ça s'est brisé tout seul...

Bien sûr, il y a la liberté d'exception. J'y reviendrai.

samedi 19 mars 2011

Surréalisme starmaniaque

L'arrière-scène, le Parc historique de la Canne à sucre.
Vendredi soir, la Francophonie célébrait la journée internationale de la Francophonie — normalement organisée le 20 mars, mais scrutin oblige, les célébrations haïtiennes ont été devancées de deux jours — au Parc historique de la Canne à sucre, à Port-au-Prince.


Billets promotionnels en poche — des représentants de la Francophonie logeaient au Montana en même temps que moi plus tôt cette semaine, que le monde est petit en Ayiti! — et collègue consultant curieux en accompagnement, on arrive beaucoup trop tôt pour la représentation. Ça nous donne du temps pour visiter les lieux de la distillerie originale du réputé rhum Barbancourt. On s'imagine la chaleur que les esclaves enduraient à proximité des cuves pour produire le célèbre nectar, sous les ordres sévères des colonisateurs français. Le poète Olivier Laplanche a par ailleurs très bien résumé la lourdeur que pouvait représenter ce travail forcé : «Sucre blanc empreint du sang rouge des esclaves noirs, saveur sucrée au goût amer pour les opprimés»...

On visite juste le temps d'éprouver un petit malaise quant au lieu que la Francophonie a choisi pour célébrer sa journée internationale de... Mais c'est parce que nous sommes un peu cyniques..!

***

Le spectacle finit par commencer, en plein air, avec des fleurs qui tombent des arbres et qui font penser à la neige. C'est joli. C'est monté comme une comédie musicale. Des petits bouts de théâtre reliés avec les plus grands succès de la chanson française. — Aznavour, Cabrel et mon plaisir coupable: Dalida! Dans le contexte, les paroles sont parfois lourdes de sens et renvoient à une réalité toute autre que celle dans laquelle elles ont été pensées. Charles Aznavour ne me fait soudainement plus le même effet quand il crie «famine» depuis Montmartre, qu'il ne mange «qu'un jour sur deux» et qu'il a le «ventre creux» dans La Bohème...

Haïti en scène, tout sourires après le spectacle
Les comédiens/chanteurs/danseurs de la troupe Haïti en scène — ils sont connus à l'étranger, sont déjà venus nous visiter à Montréal et à Québec et sont localisés à Port-au-Prince et en France simultanément — offrent une prestation assez intéressante devant une assistance malheureusement peu nombreuse. On peut penser que l'incertitude reliée aux réactions face au retour d'Aristide et les embouteillages port-au-princiens y sont pour quelque chose..

Le collègue et moi, on tombe de notre chaise quand la chanteuse ayisienne Netty entonne La complainte de la serveuse automate! S'en suit un pot-pourri de Starmania adapté par moments à la sauce créole alors que les danseurs chorégraphient la chose avec un synchronisme impressionnant : Le monde est stone, Ce soir on danse à Naziland, Le Blues du businessman, La Chanson de Ziggy, tout y passe! C'est assez surréaliste, merci!

Ce fut donc une très belle soirée, le temps de s'évader un peu du boulot et surtout d'oublier les remous politiques qui ont retenu l'attention cette dernière semaine. Demain dimanche, on s'y remet forcément, de toute façon! Au menu, vote avec les parents ayisiens, visite à Jean-Bertrand en passant et petit tour à Radio-Métropole si on a le temps..